Agence de communication intéractive
24 jan
Médias sociaux, contenu généré par les utilisateurs et bien d’autres… François Guillot, responsable Stratégies Internet du Groupe i&e et blogueur, en a décrypté les mythes. Il en livre une vision réaliste et pleine d’humour qu’il nous a autorisés à reproduire ici.
‘Wikipédia est aussi fiable que Britannica’
C’est le mythe sur lequel Wikipédia a bâti toute son image et sa crédibilité. La source paraît infaillible : c’est une étude de la très sérieuse revue Nature qui le dit : en comparant Wikipédia et Britannica, on trouve moins d’erreurs dans le premier que dans le deuxième.
Pourtant c’est archifaux : l’enquête de Nature porte sur seulement 42 articles, avec un protocole arbitraire et restrictif. Un seul domaine est étudié (les sciences dures), et l’analyse des erreurs dans les articles est sujette à controverse… Ce billet d’Emmanuel Bruant explique le malentendu.
Selon lui, finalement « l’argument d’autorité par excellence : ‘c’est Nature qui le dit ‘, a installé Wikipedia comme une source valable en général. Non pas fiable à 100 %, mais presque… pas si loin de nos encyclopédies traditionnelles. Allez, en gros, ça se vaut… Wikipedia venait d’être reconnue médiatiquement, une première étape pour devenir une source autorisée socialement. Ajoutez à cela, le référencement favorisé par Google et vous obtenez en quelques mois un incontournable du net» .
‘Drudge Report est plus fort que le New York Times’
L’idée est séduisante : le Drudge Report, cette page de liens qui incarne à merveille ce qu’on appelle le « linkjournalism» ou « journalisme de liens» , aurait réalisé davantage d’audience que le New York Times pendant la nuit des élections américaines (arrivé 6ème des audiences Internet selon Hitwise). Sans budget, sans équipe ?
‘Sur Internet, c’est facile de faire du participatif !’
Les internautes commentent sur les blogs, postent des photos sur FlickR, des vidéos sur YouTube, construisent Wikipédia? Le web 2.0 donne la possibilité à tous de participer à la production du contenu, c’est donc facile de faire du participatif.
Un raisonnement souvent tenu par les annonceurs, parfois mal conseillés. Résultat : combien de blogs de marques sans aucun commentaire, de sites soi-disant participatifs, de concours désertiques ?
‘Tout le monde peut devenir journaliste, c’est le journalisme citoyen’
L’expérience Agoravox le montre : le journalisme citoyen produit avant tout de l’opinion et beaucoup moins d’information brute.
Normal : chacun n’a pas sous le coude une pile de scoops à révéler ; produire de l’information, cela suppose du temps, des méthodes, des moyens. Le journalisme est un métier.
‘J’influe car je blogue’
Des 10 mythes, c’est sans doute le plus durable, car le moins faux. On en a parlé, reparlé, on a discuté, disserté, analysé… Il existe plusieurs formes d’influence des blogs, de la capacité de nuisance à la capacité de rectification, le search, les scoops, les communautés ou l’influence auprès de leaders d’opinion comme des journalistes…
Mais écrire un blog, ça ne veut pas dire avoir un public ; ni être audible ; ni être écouté. Bref, prendre la parole, ce n’est pas prendre le pouvoir. Et on a certainement tendance à exagérer l’influence réelle de beaucoup de blogs qui fonctionnent dans l’entre-soi.
‘L’UGC prend le pas sur les contenus professionnels’
Les mythes liés à l’UGC (User Generated Content, ou contenu généré par les utilisateurs) sont nombreux : leur qualité, leur emprise sur le web…
Mais dans l’immense masse de contenus générés par les utilisateurs, une faible proportion sont de bonne qualité. Et voici trois exemples pour illustrer le fait que l’UGC ne prend pas nécessairement le pas sur les contenus professionnels :
- Au niveau de la vidéo, Youtube et DailyMotion ont construit leur audience sur la republication de contenus professionnels (avec ou sans les droits) plutôt que de contenus amateur. Wat a de son côté renoncé à faire de l’UGC son coeur de business.
- Au niveau médias, l’expérience Rue89 est éclairante : le site a ouvert une brèche entre le journalisme et l’UGC, en proposant le concept de l’info à 3 voix : journalistes, experts, citoyens. Autrement dit, du journalisme et de l’UGC encadré et validé par des journalistes.
Avec l’exigence journalistique qui est la sienne, le constat de Rue89 a rapidement été que peu de contenus amateurs était publiables : les contenus de journalistes ont toujours été dominants dans le site, causant un conflit avec Mikiane, l’un des fondateurs. Ce soir, je prends la home de rue89 : 12 des 14 articles du « fleuve» sont signés de journalistes ou assimilés.
- Au niveau des marques, on dit souvent que les contenus UGC sont plus visibles que les contenus officiels. C’est parfois vrai, parfois faux : quand on tape les noms des grandes marques dans les moteurs de recherche, les contenus officiels restent les plus accessibles.
‘Le marketing viral, ça cartonne’
Ah, le mythe de la publicité gratuite… C’est un mythe qui s’est assez largement dégonflé maintenant, mais on a connu une période où le marketing viral était le graal de la communication en ligne pour les annonceurs. On fait une vidéo rigolote ou sympa, et ça buzze.
Résultat : une profusion de campagnes de faible qualité qui n’ont jamais décollé de là où on les avait mises. Le cimetière du Web est plein de campagnes virales. D’après Jupiter research, 15 % des campagnes virales atteindraient leurs objectifs. D’après Georges Mohammed-Cherif (Buzzman), qui a signé quelques unes des campagnes les plus virales de ces dernières années, il y a une dizaine de campagnes vraiment virales par an.
Et ce n’est pas parce que l’on devient viral que c’est gagné : encore faut-il que cela serve réellement les intérêts de la marque.
‘L’audience des médias traditionnels se dégrade’
Pour la presse écrite, c’est très clair : la baisse de la diffusion est constante depuis 2000.
Mais pour la radio et la télévision, c’est moins évident. Le temps passé devant la télévision a même progressé d’une minute au dernier pointage : 3h28 par personne en octobre 2008.
Aux Etats-Unis, la TV est à son plus haut historique. Un américain passe 142 heures par mois devant son petit écran, soit 4,7 heures par jour, contre 27 heures par mois sur Internet, donc moins d’une heure par jour.
‘La confiance dans les médias traditionnels se dégrade’
Pas en France en tout cas. Malgré les discours ambiants, malgré les affaires, la question de l’indépendance, les relations entre actionnaires et groupes médias, entre le pouvoir et les patrons de rédaction…
Non pas que la confiance dans les médias traditionnels soit élevée -loin de là . Mais depuis 2000, les études ne montrent pas qu’elle a fondamentalement évolué : un peu moins bien par ci, un peu mieux par là ….
Un aperçu de l’évolution de la confiance dans les médias telle que la mesure TNS Sofres pour La Croix et Logica, depuis plus de 20 ans, ne montre pas d’évolution majeure dans les années 2000 : les taux de confiance dans la presse écrite, la radio et la télévision sont supérieurs ou égaux à leurs niveaux de 2000. Et en 2009, toutes les catégories de médias voient leur côte de confiance remonter. C’est dans les années 90 que la confiance dans les médias s’est affaissée.
‘Obama a construit sa victoire sur le réseau de petits donateurs’
On l’a vu un peu partout : Obama aurait amassé plus d’argent via ses petits donateurs que via les gros donateurs. Un véritable effet longue traîne avec un bénéfice important : une moindre dépendance aux lobbies, grâce à des dizaines de milliers de petits donateurs ayant mis la main à la poche dans la mesure de leurs moyens (petit donateur = moins de 200 dollars).
Le problème, c’est que c’est faux, révèle le Campaign Finance Institute, un organisme indépendant. Les petits donateurs auraient représenté 26 % des finances d’Obama… soit approximativement la même proportion que les petits donateurs de Bush en 2004. Avec 210 millions de dollars en provenance de gros donateurs et 120 millions de dollars en provenance de petits donateurs, on est dans des proportions classiques.
La confusion vient du fait que beaucoup de donateurs ont fait plusieurs petits dons. Si je donne 6 fois 50 dollars, je fais 6 fois un petit don, mais à l’arrivée, je ne suis plus un » petit » donateur, ayant dépassé les 200 dollars. Reste bien entendu que la levée de fonds d’Obama a atteint des montants sans précédent, donc que ces petits dons ont atteint des proportions inconnues jusqu’ici.
François Guillot
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